L'Oise Agricole 03 avril 2025 a 07h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

«Un métier où il faut sans cesse évoluer, il n’y en a pas tant que ça !»

À 28 ans, pour l’instant salarié sur les fermes paternelle et maternelle, Jean-François Boutillier a entamé son parcours à l’installation avec beaucoup d’enthousiasme pour un métier qui le passionne.

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- © DLC

Il le reconnaît volontiers : il est tombé tout petit dans la marmite ! Sans doute la localisation de la ferme du Bois du Fecq, à Allonne, totalement isolée au milieu des champs, y est-elle pour quelque chose. «J’ai passé toute mon enfance dans le corps de ferme à voir mes parents travailler, pas de voisin proche chez qui aller jouer, j’ai attrapé le virus», sourit-il.
Son parcours scolaire ne dément pas cette vocation : bac pro puis BTS en productions végétales, spécificité semences, à Airion, puis un certificat de spécialisation réalisé en apprentissage au Paraclet et à la coopérative Ucac. «J’étais magasinier et chef de silo adjoint à Avrigny. La coopérative m’a ensuite embauché au même poste pendant 2 ans», explique-t-il. Il reste quatre années de plus à l’Ucac, mais à un poste de technico-commercial. «Cela a été une expérience très importante pour moi, un moyen de découvrir ce que deviennent les livraisons des adhérents et cela a été très riche  de rencontres et d’échanges avec des agriculteurs qui ont des pratiques et des systèmes d’exploitation très diversifiés», reconnaît Jean-François Boutillier.
Il achète alors une maison à Saint-Félix, située entre la ferme de son père François à Allonne et celle de sa maman Éliane à Bury, le début de l’indépendance. Mais l’envie de revenir sur la ferme familiale se fait forte et il est embauché en juin 2023 comme salarié agricole par ses parents, chefs d’exploitation, ce qui porte à 3 UTH (unité de travail humain) la main-d’œuvre pour les deux exploitations.

Une ferme historiquement en bio
Fait remarquable, les 240 ha d’Allonne, regroupés autour du corps de ferme isolé, sont cultivés en bio depuis 1975, une époque à laquelle ce mode de culture paraissait bien exotique. «Mon grand-père et son frère, alors exploitants, n’aimaient pas beaucoup les produits phytosanitaires, ils étaient très sensibles au bio et ont converti 200 ha sur les 240, les 40 ha restants étant consacrés à la betterave sucrière.»
Après une tentative de production de betterave bio, finalement, sa culture est arrêtée et l’ensemble de la ferme est 100 % bio. «On y produit du blé, du maïs grain, des semences de pois fourragés grâce à un contrat avec Agri Obtentions, de la luzerne qui sera déshydratée à Saussay-la-Campagne (27), du tournesol, de la féverole, du colza, de la semence d’orge de printemps sous contrat avec Biocer, de l’avoine et de la lentille verte. Tout est livré à Biocer mais comme le silo le plus proche est à Fouilloy, près de Grandvilliers, on stocke tout sur une plateforme à plat et des camions viennent récupérer la marchandise», explique le jeune homme.
L’exploitation d’Allonne est équipée de tout le matériel nécessaire à la production bio, notamment en matière de désherbage mécanique : herse étrille, houe rotative, bineuse... «Il n’y a que le semis de tournesol pour lequel nous faisons appel à l‘entreprise», précise Jean-François Boutillier. La ferme maternelle de Bury, difficilement convertible, est conduite en conventionel.
Et même si l’agriculture biologique connaît une grave crise, le jeune homme commence à voir un début d’amélioration des marchés. «Comme la ferme est bio depuis de nombreuses années, notre expérience et nos pratiques nous ont sans doute permis d’amortir ce choc, la situation est meilleure maintenant», confie-t-il. Pas question de remettre en cause le modèle : «en bio, comme on n’a pas ou peu de méthodes curatives, on doit tout anticiper et faire en sorte d’éviter les maladies ou les salissements. La rotation, les techniques culturales, le travail du sol y contribuent. Mais on trouve parfois des limites, notamment en désherbage. Par exemple, depuis quelques années, le datura est apparu, surtout dans les cultures de printemps. On repère les pieds grâce à un passage de drone qui coûte quand même 70 €/ha et on doit ensuite intervenir manuellement pour retirer toutes les plantes, extrêmement toxiques. On va s’adapter en diminuant la part des cultures de printemps.»
C’est finalement ce genre de défi qu’apprécie Jean-François. Une nouvelle difficulté, de la réflexion et une stratégie à élaborer. «Un métier où il faut faire preuve chaque jour de pragmatisme et qui nécessite une constante adaptation au nouveau contexte, qu’il soit météorologique, technique, réglementaire ou économique. Pas de quoi s’ennuyer, pas de routine... vous en connaissez beaucoup des métiers passionnants comme ça ?»

L’avenir pour horizon
En attendant, lui et ses parents réfléchissent à l’avenir qui passe par l’aménagement d’un bâtiment existant. «C’est un bâtiment sur lequel nous avons été en procès avec le constructeur pour malfaçons. Nous devons changer des piliers en bois qui n’ont pas résisté aux années. Nous réalisons une partie des travaux nous-mêmes pour ce qu’il est possible de faire. Sinon, des entreprises interviennent», détaille le jeune homme. Ce projet, à hauteur de 300.000 euros, prévoit l’installation de cellules de stockage équipées, mais pas de panneaux photovoltaïques, la structure n’étant pas  assez solide. «Nous avons beaucoup réflechi pour que le travail soit le plus efficace possible dans le remplissage et la vidange des cellules, nous voulons des installations fonctionnelles.»
Lorsque ses parents prendront leur retraite, Mathide, la sœur de Jean-François, actuellement salariée dans une entreprise de sélection à Estrées-Saint-Denis, reviendra sur la ferme. «C’est un point auquel nous réfléchirons le moment venu.» Première étape, le jeune homme a entamé son parcours à l’installation. Il voudrait être agriculteur pour ses trente ans. Il reprendra des parts dans l’EARL d’Allonne, mais restera sans doute salarié à mi-temps.
Il participe à des réunions techniques organisées par Gilles Salitot, de la Chambre d’agriculture, échange beaucoup avec d’autres agriculteurs bio qu’il a connus à l’Ucac et s’est inscrit en 2024 à JA Vexin-Thelle, «l’occasion de rencontrer des jeunes sur un secteur où je ne connais pas grand-monde.» Sinon, Jean-François aime la course à pied, les moments de convivialité avec ses amis, pas forcément agriculteurs, s’échapper en week-end et apprécie les sports d’hiver. Un jeune homme bien dans ses bottes.

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