Réduire la pénibilité et améliorer l’attractivité des exploitations équines
Comment réduire la pénibilité du travail sur les exploitations équines ? Comment améliorer l'attractivité, le bien-être des salariés et des chefs d'exploitation, ou encore la santé et la sécurité au travail ? Le 27 mars, l'Institut français du cheval et de l'équitation (IFCE) a organisé la première journée de démonstration du projet européen EUnetHorse à Estrées Saint-Denis, dans l'Oise (60) sur la thématique de l'amélioration des conditions de travail au sein des exploitations agricoles équines.

Daniela Strube dirige depuis 2012 les Écuries des platanes, à Estrées-Saint-Denis, à la fois centre équestre et écurie de propriétaires. Sur son exploitation, la gérante a voulu adapter ses structures pour améliorer les conditions de travail de ses salariés et d’elle-même. Les travaux de curages et d’affouragement sont ainsi mécanisés au maximum. «L’astreinte n’est plus dans l’affouragement, mais dans la surveillance des chevaux, qui peut se réaliser à tout moment de la journée, ce qui donne plus de souplesse», estime-t-elle.
Avec la mise en place de distributeurs automatiques et de râteliers programmables, l’alimentation est optimisée, sans effort supplémentaire pour les travailleurs. En plus de diminuer les besoins en main-d’œuvre, la mécanisation limite les déchets de foin et permet une individualisation de l’alimentation dans un hébergement collectif. «Ça occupe aussi les chevaux en les nourrissant lorsqu’ils sont autorisés à prendre un nombre élevé de rations.»
Daniela Strube a également installé un système de parois amovibles afin de faciliter l’évacuation mécanique du fumier. «Ce système réduit considérablement la charge physique du personnel de l’exploitation et raccourcit le temps nécessaire au nettoyage des écuries.» De telles parois conviennent pour un réaménagement de bâtiments existants et pour agrandir ou rétrécir des boxes. Daniela a opté pour des cloisons à charnières (pivotantes) pour nettoyer des rangées entières de boxes sans avoir à retirer complètement les cloisons. Il existe aussi des systèmes à cloisons coulissantes ou avec une paroi frontale rabattable. Il est donc facile pour l’exploitante d’utiliser sa mini-pelle, suffisamment petite pour fonctionner en espaces restreints et nettoyer les écuries et les boxes
Autre solution : la mise en place de façades libre-service de fourrages. Le cheval peut passer la tête par un façade du choix grâce à des ouvertures prévues à cet effet. Les aliments et les concentrés se distribuent à l’avant des boxes sans qu’il y ait à ouvrir les portes. La distribution s’en retrouve plus rapide et sécurisée.
Un projet européen dédié au cheval
Ces solutions pour améliorer les conditions de travail ont été réalisées dans le cadre du projet EuNetHorse, un projet de recherche et développement agricole européen dédié à la filière équine, qui regroupe neuf pays (Finlande, Pologne, Roumanie, Allemagne, Belgique, Suisse, France, Espagne, Portugal). Le projet, coordonnée par l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE) (voir encadré), a pour objectif d’améliorer la résilience et la performance des exploitations équines en Europe à travers trois axes : la performance socio-économique des exploitations, la santé et le bien-être des équidés, la durabilité environnementale des exploitations. D’une durée de 4 ans, le projet a débuté au printemps 2023 et prendra fin au printemps 2027.
L’IFCE a présenté les premiers résultats de ces recherches lors de la journée organisée sur l’exploitation de Daniela Strube. «En France, c’est la thématique des conditions de travail qui a été retenue pour cette première journée de démonstration. Les exploitants français interrogés en ont fait un besoin prioritaire», explique Marlène Addes, ingénieur agronome spécialisée en productions animale à l’IFCE et coordinatrice du projet EuNetHorse.
D’autres bonnes pratiques ont été expérimentées au sein des Écuries des platanes, comme les stratégies pour améliorer la satisfaction et la motivation des salariés. «La motivation des salariés est essentielle et a un impact direct sur la productivité et la fidélisation des employés à long terme. Des problèmes plus courants tels que le manque de reconnaissance, un cadre de travail flou et une communication limitée affectent les exploitations agricoles équines. En remédiant à ces manquements, on peut obtenir une main-d’œuvre plus engagée et efficace.»
Daniela Strube applique cette méthode de management fondée sur la reconnaissance du travail de ses équipes (reconnaissance financière et verbale) et des primes de fin d’année. Des opportunités de formations sont également proposées. «Les monitrices et les apprentis peuvent développer leur propre projet en autonomie, comme la mise en place de l’activité d’équitation adaptée.» Le centre équestre fidélise ainsi ses salariés (peu de turn over) dans un contexte où il est difficile de trouver de la main-d’œuvre.
L’employeur s’attache aussi à identifier les risques liés à l’environnement de travail. Une réunion annuelle avec l’équipe est organisée pour mettre à jour un document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) pour établir les mesures de contrôles à mettre en œuvre pour les atténuer. «Un environnement de travail sûr augmente la productivité et la satisfaction des employés.»
Lors de cette journée de démonstration, les intervenants ont également évoqué l’adoption du label Bien-être au travail, qui vise à accompagner les exploitations équines dans une démarche concernant les conditions de travail des employés. «Les critères du label permettent à l’exploitant d’obtenir des pistes d’amélioration concrètes pour son exploitation. À terme, l’employeur rencontre moins de problèmes de recrutement, les salariés étant plus investis au sein de l’entreprise.»
Autre piste pour une plus grande stabilité de la main-d’œuvre : veiller à ce que les objectifs et les attentes soient clairs. «Une description précise du poste et un système de suivi du temps de travail et de gestion des travailleurs permettent de contrôler les heures et les charges de travail des employés en temps réel.» L’utilisation d’un logiciel de gestion pour une organisation plus efficace fait partie des recommandations. «On gagne du temps et on optimise les processus de travail au quotidien. La communication est rendue plus facile pour assigner les tâches.»
Une plateforme gratuite, Déclic travail, est mise à disposition des exploitants qui souhaitent améliorer leurs conditions de travail et leur organisation grâce à un outil d’autodiagnostic en ligne et à un accès à des structures sur mesure. 120 fiches techniques y sont disponibles, dont 40 pour la filière équine.
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