L'Oise Agricole 03 décembre 2023 a 07h00 | Par PG

Des légumiers inquiets pour l'eau et les phytos

La raréfaction actuelle des solutions phytosanitaires pour les cultures et celle, à venir, de l'eau ont ponctué les échanges des producteurs de Légumes de France, réunis pour leur congrès annuel, à la mi-novembre. Des solutions existent mais demanderont du temps, et l'arbitrage des pouvoirs publics.

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- © Groupe Carré

Le 66e congrès de Légumes de France (FNSEA), qui s'est déroulé les 16 et 17 novembre à Saint-Pol de Léon (Finistère) a été un rendez-vous particulier à plusieurs égards. D'une part, il s'est tenu dans une région de production durement frappée par la récente tempête Ciaran. D'autre part, il s'agissait du dernier congrès pour Jacques Rouchaussé, qui met un terme à sa présidence du syndicat après onze ans de mandat.

Le congrès a été l'occasion de faire le tour d'horizon des actions du syndicat sur les différentes thématiques. Et celui de la protection des cultures demeure un sujet brûlant pour les maraîchers, dans le contexte des interdictions de produits phytosanitaires. Bon nombre de légumes se retrouvent aujourd'hui sans protection. Légumes de France estime que, parmi les 658 usages (couples plante/organisme nuisible) recensés en cultures légumières, 39 % sont vides. «Aujourd'hui, 34 légumes frais ont besoin d'une dérogation pour produire», s'est inquiétée Justine Texier, en charge du dossier. Cependant, l'action du syndicat semble porter quelques fruits.

 

Travail avec l'Inrae

Depuis le 1er janvier 2023, 16 dérogations ont été accordées à la suite de demandes portées par Légumes de France et une est en attente de validation. Un travail accompli grâce à l'appui technique du CTIFL et la bonne collaboration avec les experts de la DGAL. D'une manière générale, Légumes de France est engagé avec le centre technique interprofessionnel des fruits et légumes sur le suivi des solutions disponibles par cultures, couple bio/agresseurs, substances pivots, et le syndicat a entamé en 2023 un travail conjoint avec l'Inrae.

Cette actualité en a percuté une autre : la révision du référentiel HVE. Certains points concernent le maraîchage hors sol, pouvant remettre en cause la certification de nombreuses exploitations qui, par leurs pratiques, sont aujourd'hui certifiées HVE. À cela s'ajoutent les maraîchers conventionnels cultivant en plein champ qui rencontrent des difficultés à obtenir la certification HVE, parfois désavantagés par les barèmes de notation.

Pour traiter ce sujet, Légumes de France a créé un groupe de travail pour structurer les demandes de la filière et aboutir à des éléments incluant les spécificités du maraîchage (diversité variétale, mesures alternatives à la lutte chimique...) Autre sujet phare du congrès, l'eau, un dossier sensible pour les producteurs de légumes en général et dans la moitié sud du pays en particulier. «L'eau sera une priorité des prochaines années, a expliqué François Gemenne, co-auteur du 6e rapport du Giec. Trop longtemps, elle a été vue comme une source surabondante. La question à laquelle il faudra répondre est celle de l'allocation de la ressource, au risque de se retrouver face à des vrais conflits.»

Et d'évoquer l'évolution des cultures : «À l'avenir, on ne produira pas les mêmes légumes dans les zones actuelles de production. Il faudra certainement importer certaines variétés, mais aussi réussir à exporter d'autres.» Des technologies existent pour moins gaspiller d'eau, ont mis en avant les professionnels. «Toutes les solutions existent selon les différentes typologies, a expliqué David Aubineau, gérant de Divatec, société spécialisée dans les domaines du pompage et de l'irrigation. En hors-sol, elles sont très abouties, en plein champ, les équipements sont plus disparates. Le goutte-à-goutte existe par exemple pour la production de pomme de terre, elle est encore peu répandue, du fait de son coût (4 500 EUR/hectare, ndlr), mais elle peut apporter une économie de 20 % en eau.» En termes d'irrigation, les participants se sont accordés à dire que l'on pouvait faire mieux. «Les solutions qui ont été déployées dans les pays du Sud peuvent être une source d'inspiration», estime François Gemenne.

Et Jacques Rouchaussé d'abonder dans le même sens : «95 % de l'eau est recyclée en Israël. Et il existe même des programmes pour développer des variétés de légumes pouvant accepter l'eau saumâtre.» Les échanges ont aussi beaucoup tourné autour des retenues collinaires et du recyclage de l'eau usée.

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